Babacar Mandian, 38 ans, est l’exemple type du travailleur sénégalais confronté au mal vivre. Employé dans une boîte de la place, il parvient à joindre difficilement les deux bouts. Portrait.
Pancarte à la main, un regard de sphinx, cheveux roux, Boubacar Mandian, la trentaine avancée, n’a pas vraiment la tête à la fête. Bien que présent à l’amphithéâtre de l’Ucad 2 comme la plupart de ses collègues, il trouve qu’il n’y a rien à pavoiser. « Je suis là, parce que la fête du 1ier mai est symbolique. Je ne peux pas bouder. Mais, il n’y a rien a fêter» signale-t-il d’emblée.
Depuis huit ans qu’il officie dans une boîte de la place, il n’a ni vu ni constaté sa situation sociale connaître une courbe ascendante. Ceci, au regard du travail épuisant et risqué qu’il abat sur le terrain. «En huit ans de bons et loyaux service, je suis toujours à la case de départ. Le maigre salaire que je perçois à la fin du mois ne peut même pas couvrir mes frais», avance-t-il, l’air tendu.
Marié et père de trois enfants. Deux filles et un garçon. Boubacar peine a joindre les deux bouts. A chaque fin du mois, il tire le diable par la queue. «Les fins du mois sont de vrais hantises pour moi », avoue-t-il. « Le peu que je gagne, ça se limite à la dépense quotidienne ». Révélant un coin du voile sur ce qu’il perçoit, il signale à notre endroit, qu’il gagne en tout et pour tout : 85.000 Fcfa. Avec le renchérissement du coût de la vie, Boubacar avoue n’avoir même pas le temps de le savourer. Au moment de le percevoir, l’argent est aussitôt englouti dans des dépenses diverses.
« Je ne vis pas, je survis», fait-il remarquer, tout en se refusant de succomber au désespoir. En plus d’être mal payé et de tutoyer la misère au quotidien, il déplore le manque de respect dont ils sont victimes dans leur lieu de travail. « Nous sommes victimes de pas mal de tracasseries dans nos entreprises», regrette-t-il. Pour lui, le travailleur sénégalais moyen n’offre pas un visage très reluisant. Autrement dit, ils sont taillables et corvéables à souhait.
Employé à titre précaire et révocable à tout moment, faute d’un emploi en bonne et due forme, Babacar sait qu’un jour où l’autre, il peut subir les humeurs d’un patron à la gâchette facile. Pour l’heure, il continue à se serrer la ceinture, attendant un coup du destin pour le tirer d’affaire.
Papa Keita pour Avenue 221


