Partir ou rester, le dilemme de Boubacar

Boubacar aimerait bien bouger un peu durant ces vacances scolaires. Mais faute de planning, il ne sait vraiment pas quoi faire. Il hésite encore entre rester à la maison et donner un coup de main à sa famille au cas où la maison serait inondée et passer quelques jours au village.

Les vacances sont normalement des moments où la personne apprend à mettre de côté tout ce qui est soucis, stress et autres états d’âme incompatibles avec la vie professionnelle. Des moments faits de plaisir, de bonheur d’oublier tous les problèmes et de passer son temps à s’amuser. Mais c’est encore loin d’être le cas chez Boubacar. Après neuf mois d’intenses cours au lycée, il tarde encore à savoir que faire de son temps libre. Ou plutôt il a l’embarras du choix mais n’arrive pas à se déterminer. Il reste partagé entre l’envie d’aller passer quelques semaines dans le village natal de ses parents tranquillement et rester à la maison, à Dakar au cas où la pluie gagnerait de nouveau les chambres.

L’angoisse pour sa famille

L’année dernière déjà, il a dû rester dans son quartier pour aider son grand frère à évacuer l’eau qui avait envahi la demeure. «C’était vraiment une situation d’enfer. Jamais auparavant je n’avais vécu pareille situation chez nous. Là où je suis né et j’ai grandi», explique-t-il. Quelques voisins ont déjà dû quitter leurs maisons car les pluies de cette année les y ont contraint. C’est d’ailleurs le cas d’une bonne dizaine de concessions. Abdou Thiam, lui a vu tous ses locataires prendre congé de lui dès les premières pluies de la saison. Ainsi le secteur se vide peu à peu. «Vu l’eau qui se fait de plus en plus menaçante je me dis que vaut mieux que je renonce à partir pour le moment», confie-t-il. Ces derniers jours, il a beaucoup plu, obligeant encore d’autres à déménager. Pour le moment ce n’est pas encore la catastrophe chez les Diop. «J’espère qu’on n’aura pas à vivre ce qu’ont dû endurer d’autres familles», confie-t-il.

Une vie de chômeur

Les journées de Boubacar ressemblent, avec les vacances scolaires, à une vie de chômeur. A son réveil, il rejoint ses potes chez Ibrahima, le coiffeur du coin. Les discussions tournent autour de la saison de lutte qui vient de s’achever. Le groupe est divisé en deux camps : partisans de Modou Lô et de Balla Gaye 2. Un «combat» qui ne connaîtra jamais de vainqueur. Les débats laissent peu de chance au silence. On mise déjà sur les chocs de la saison à venir. 14h indiquent pour Boubacar l’heure de rentrer à la maison, le temps de prier. En ce mois béni de Ramadan, il devient obligatoire de respecter les cinq prières de la journée. «La prière est fondamentale dans toute religion. J’essaye toujours de le respecter surtout en cette période de jeûne», dit-t-il, hilare. C’est au même coin qu’il se rendra après et continuera à palabrer jusqu’à l’heure de la rupture du jeûne.

Boup’s comme l’appellent ses potes, voudrait bien aller respirer un peu d’air pur dans le nord du pays avant de reprendre le chemin du lycée. Mais pour cela, il lui faut attendre la fin du mois d’août, réputé le mois le plus pluvieux avant d’y songer. Sa priorité demeure la protection de la maison. «Mais je ferais tout pour aller passer un agréable séjour au village car ma grand-mère me manque», assure-t-il. Pour l’heure, il considère ses journées comme «celles d’un vrai chômeur qui ne veut rien faire pour s’occuper».

Mamadou Alpha SANE pour Avenue221

crédit photo : Melody Nelson sur Flickr

No related posts.

About the Author